Le quartier ancien de Saint-Michel regorge de secrets d’histoire. Au cœur du Site patrimonial remarquable de la ville de Bordeaux, un lieu aux allures architecturales du 19è siècle s’est plongé dans un dialogue adapté aux valeurs de notre temps, et s’est ainsi associé aux allures architecturales de notre époque. Cet échange lui lègue un don de singularité et d’authenticité, dont le port du blase de sa rue d’adoption, Marengo, lui est tout un mérite.

L’enjeu des architectes en charge de la réhabilitation de l’espace Marengo ne fut aucunement de substituer de l’ancien par du nouveau, mais de promouvoir les attraits de l’ancien bâtiment dans de multiples critères. En éveillant les intérêts patrimoniaux du lieu tout en l’entrainant dans une profonde renaissance, le site évoque une œuvre ancestrale atypique aux aires contemporaines et ingénieuses de notre temps.

Pour la petite histoire…

En 1227, le sud de la ville de Bordeaux se développe. De nouveaux remparts vinrent protéger des quartiers neufs, puis un siècle plus tard pour envelopper de nouveaux faubourgs, dont Saint-Michel. Dans ce quartier s’installent des artisans aux multiples casquettes de métier, ainsi que des membres de l’ordre religieux des franciscains.

Le cloître des Menuts (ou des Cordeliers), construit au 13è siècle, fut accessible depuis la rue de l’Observance, dont celle-ci débouchait sur la place des Cordeliers, créée en 1752 (place Camille Pelletan aujourd’hui). Disposant des établissements religieux à l’heure de la Révolution, la rue de l’Observance se prolonge et se renomme. Anciennement éditée comme la rue de la Révolution, cette dernière devint rue Marengo à la suite de la victoire de Bonaparte contre les autrichiens en Italie, en 1800.

L’emplacement de l’actuel site Marengo fut, du XIIIe siècle et jusqu’à la Révolution française de 1789, l’ancienne zone du cloître des Cordeliers, où se greffèrent un couvent, une église, un jardin et des jardins dont les moines de Saint-François, dits les frères Menuts, étaient installés dès 1249. Ces monuments tomberont en ruine avant d’être définitivement démolis au courant du 19è siècle, au dépend du creusement de différentes rues, dont celle de Marengo. Aujourd’hui, quelques pierres de l’ancien cloître reconnu à travers la province d’Aquitaine subsistent.

A la fin du 19è siècle, un nouvel édifice prend relief sur un terrain vierge de 300m². En premier, un sous-sol de 7 caves voutées intégrait des espaces frigorifiques naturels pour stocker des denrées périssables. En second, un rez-de-chaussée et un étage abritaient d’autres aliments commercialisables. L’envergure de la surface du bâtiment se joignait à l’atout fonctionnel du lieu.

Jusqu’au début du 20è siècle, un négociant de vin y résidait. Aujourd’hui, au 19, rue Marengo, de vieilles inscriptions murales indiquent la présence passée de l’entreprise Louis Gelis-Didot. En effet, dans les années 1910, et durant plusieurs années, cette société import-exportatrice commercialisait toutes sortes de jambons et de saindoux vers l’autre façade de l’atlantique. Au milieu de l’entre-deux-guerres, le témoin de la propriété se relayait à la société bordelaise Meier.

A la fin du siècle, le lieu se reconvertit en atelier de serrurerie, comme le témoignent certains éléments fossilisés à l’intérieur de l’édifice. Laisser à l’abandon dans les années 2000, l’espace Marengo s’attend à vivre une véritable réhabilitation architecturale quelques années plus tard.

Le projet en quelques mots…

 

Avant
Avant
Après
Après

En 2015, les sociétés bordelaise ARTOTEC et catalane RCR s’unissent pour redessiner le lieu, dans l’objectif de revisiter son usage tout en renforçant les valeurs patrimoniales par l’architecture. Ayant résisté à diverses activités dans le temps, l’espace Marengo s’accorde une remise en éclat pour se démanteler de ces cicatrices. Ce dernier dégage alors un nouveau visage en conservant les traits de sa structure d’origine, à l’image des caves voûtées.

En fin d’année 2017, Maude et Michaël Boudot tombent sous le charme et entreprennent le site. En outre, le conjoint pilote une agence de communication et stratégie dans l’univers du vin, tout en s’adonnant à sa passion : la photographie. Les jeunes mariés mettent à l’honneur la photographie et le vin à travers l’espace.

Dans un climat de galerie d’art et d’exposition autour du vin, la dimension de Marengo se dévoue principalement à des événements professionnels de multiples facettes : cocktails, soirées privées, expositions, défilés de mode… Plus régulièrement, des entreprises adeptes du coworking éveillent le site.

L’immeuble comprend 700m2 répartit en 3 niveaux. La structuration de chaque strate se soumet à une hiérarchisation harmonieuse et ingénieuse. Le sous-sol de 110m2, dénommé la « cave voûtée », supporte jusqu’à 150 personnes pour des événements professionnels. Le rez-de-chaussée, dit la « grande salle », est un espace de travail de 130m2, plafonnant à 200 convives. L’étage, où plutôt la salle « Napoléon », se définit comme un lieu de vie de 40m2 limité à 50 personnes.

Ce n’est pas un étonnement. En pénétrant dans le site, nos sens s’émerveillent face à la lumière palpitant la nuance des matériaux primaires : la pierre, l’acier, le bois et le verre. Cet échange précise minutieusement la géométrie des volumes. En effet, la lumière intensifie la profondeur, rendant l’espace très fluide et écarté de toutes ruptures visuelles. Celle-ci réveille nos sens, les volumes paraissent abondants. En particulier, l’étage prend clarté depuis le plancher par la présence de cinq ouvertures en verre, occasionnant à la lumière naturelle de se transfigurer verticalement et plongeant l’espace dans une atmosphère des fonds marins.

Recyclables et adorés des architectes, acier et le verre demeurent dans l’ossature de Marengo, jusqu’au mobilier. L’acier structure les escaliers, les splendides planchers du rez-de-chaussée et de l’étage, et les poteaux en soutien des charpentes de bois conservées. La précision des détails prouve d’un travail artisanal, à la fois dans les éléments structurels, et dans ceux réclamant moins d’attention, les poignées de porte pour l’exemple. Si la lumière communique avec les matériaux, ces derniers les plus contemporains, la pierre et le bois, des conjuguent aux plus ancestraux : le verre et l’acier.

La conceptualisation de Marengo se légifère aux normes énergétiques et environnementales de notre ère, tout en respectant son identité. Réutiliser des matériaux d’origine, notamment la pierre et le bois, en est le parfait modèle. De plus, le site réhabilité adopte la réglementation thermique de 2012. Les éléments muraux extérieurs manquant d’isolation travaillent la profondeur de la pierre, estimée à 60 centimètres. Le parement en tuile, séjournant la double couverture extérieure, garantissent l’isolation du plancher. Le double vitrage et les menuiseries extérieures en bois isolent les ouvertures. Les planchers assurent une température d’ambiance optimale produit par une chaudière à gaz individuelles. L’humidité des lieux et la potabilité de l’eau sont respectivement contrôlées et certifiées. Le spectacle des lumières prône des éclairages LED à basses consommations.

La cave voûtée - Après
La cave voûtée – Après
Le rez-de-chaussée - Après
Le rez-de-chaussée – Après
L'étage - Après
L’étage – Après

Focus sur le Geste d’Or…

L’espace Marengo, intégrant les associés au projet, s’empare du Geste d’Or 2018 dans la catégorie Architecture, Urbanisme et Société. On retiendra de Marengo son caractère distinct, dont la lumière et les matériaux gravent un langage propre et intemporel, et delà affecte nos sens. Ainsi, l’architecture émeut l’être sans que l’usage n’intervienne.

Le concours du Geste d’Or et son jury indépendant ont pour double objectif de recenser et de faire connaître les opérations exemplaires du patrimoine bâti, de l’aménagement urbain et paysager, d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

ACTE DE CANDIDATURE : POURQUOI CONCOURIR AU GESTE D’OR ?

Parce que la qualité des professionnels intervenant sur le patrimoine bâti n’est pas reconnue à sa juste valeur. Concourir, c’est faire reconnaître, au-delà des exigences techniques et réglementaires, la qualité d’une opération ainsi que celle des professionnels qui l’ont réalisée, puis permettre de la et les faire connaître largement. Fruit d’un travail de réflexion et de concertation assortie d’une mise en œuvre de qualité (cette qualité issue du savoir-faire transmis et d’exigences communes aux différents acteurs de l’acte de construire), une opération réussie est le résultat d’un travail en équipe où chacun(e), maître d’ouvrage (accompagné éventuellement d’une assistance à maîtrise d’ouvrage), architecte (ou coordinateur ayant compétence), entreprise, compagnons, a eu sa part, leurs actes, des Gestes d’or, contribuant à la qualité de l’ensemble. Toute candidature sera donc celle d’une équipe constituée du maître ou des maîtres d’ouvrage, d’un ou des architectes (ou maîtres d’œuvre) et d’une ou plusieurs entreprises.

LES GRANDES ÉTAPES DU DEPOT DE CANDIDATURE :

ÉTAPE 1 / VOTRE CHANTIER

  • De moins de 10 ans ou achevé dans l’année
  • En amont• Pour les Grands Prix Métiers : 10 chantiers sur 10 ans

ÉTAPE 2 / L’INSCRIPTION

  • Demander l’acte de candidature à l’adresse mail :CONCOURS@LEGESTEDOR.COM
  • Acte de candidature à remplir et à renvoyer à la même adresse.

ÉTAPE 3 / LA VISITE DU CHANTIER

ÉTAPE 4 / LES AUDITIONS

Après consultation et sélection du dossier par les membres du jury, l’équipe composée du Maître d’ouvrage, du Maître d’Oeuvre et des Entreprises, passe en audition publique. Chaque équipe sélectionnée est auditionnée en juin/septembre/octobre.

  • 20 minutes de présentation en équipe(Formats : PDF, POWERPOINT)
  • 10 minutes de questions par les membres du Jury

ÉTAPE 5 / LE JURY 

  • Le jury se réunit à huis clos courant octobre pour choisir les dossiers à primer.

ÉTAPE 6 / LA REMISE DES PRIX

  • La Remise des Prix a lieu chaque année fin octobre au Carrousel du Louvre lors du Salon International du Patrimoine Culturel, à Paris.

Dans le cadre du Geste d’or, la Ville de Bordeaux a soutenu la candidature du projet « Marengo » des architectes RCR – Artotec , une réhabilitation poétique, sensible et contextuelle, où l’enveloppe d’hier protège une pépite moderne toute d’acier. Un projet d’une justesse contextuelle incontestable. 

Le mercredi 24 octobre 2018, à Paris, ce projet a été récompensé et distingué au titre du : Grand Prix ARCHITECTURE, URBANISME & SOCIETE – Geste d’Or 2018.

Remerciements

  • Anne-Laure Moniot, Chef de service architecture et patrimoine urbain en projet de Bordeaux Métropole
  • Marie-Astrid Mendes Luiz, architecte urbaniste conseil, Bordeaux Métropole
  • Jordan Duprat, Espace Marengo
  • L’ensemble des participants

Les prochaines visites de chantier à ne pas manquer…

  • 14 Novembre : l’Ilot du Mirail – Focus sur la gestion d’un chantier
  • 5 Décembre : Visite de Chantier de l’Hotel Saint François aussi appelé l’Hotel de la Perle

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Renaissance des cités d’europe

118 Cours Alsace Lorraine – 33000 BORDEAUX

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